Vestirsi di Sedie

Gianni Pettena
  • Gianni Pettena, Vestirsi di Sedie©Anne-Marie Morice
  • Gianni Pettena, Vestirsi di Sedie©Anne-Marie Morice
  • Gianni Pettena, Vestirsi di Sedie©Anne-Marie Morice

Ensemble d'éléments utilisés en performance : 8 chaises portables en contreplaqué de pin, sangles en coton et femeture en métal. 1 chaise dépliée contreplaqué de pin inclus dans la résine. 1 chaise pliée contreplaqué de pin inclus dans la résine. 1 affiche. 10 phtographies N/B. 5 feuillets de textes, 1971.

 

Le siège compte sans doute parmi les premières inventions d'extension pour le corps dressé de l'homme. Il lui a permis de se reposer dans des endroits fixes jusqu'à ce que surgisse l'idée de rendre cet accessoire mobile. L'empire romain inventa la chaise pliante dite « curule » pour que les magistrats puissent exercer la justice de façon itinérante.

En avril 1971 l'architecte italien Gianni Pettena parcourt la ville de Minneapolis avec dix étudiants du College of Art and Design où il enseigne. Chacun porte sur son dos une planche en bois blanc léger dans laquelle des découpes rectangulaires ont été pratiquées les faisant ressembler à des échelles. Quand le groupe marque une pause, chacun déplie son plan qui devient chaises. En mouvement, le groupe fait penser à une file de travailleurs, assis à des performeurs du Living Theatre. L'action est insolite, encore aujourd'hui elle garde une force qui sollicite attention et imaginaire.

La mise en situation du projet lui donne une dimension qui nous fait dépasser de très loin l'intérêt porté à un objet utilitaire. L'oeuvre acquiert un potentiel symbolique, transforme l'expérience qu'on a de la ville, de notre mobilité, des alter-relations qui se créent.

La performance Vestirsi di Sedie (Se vêtir de chaises) ne consiste pas à transformer une planche en chaise, ni de se promener avec sa chaise pliante sur le dos. Elle débouche sur la création d'un groupe homogène qui va déambuler dans la ville avec, à l'aide d'un équipement standard que tout le monde utilise, agir à contre-courant du flux urbain qui standardise les comportements.

Nous sommes au début des années 70. Le premier choc pétrolier incite déjà à réfléchir sur l'utilité de posséder une automobile individuelle. On veut  être à la fois autonome mais pas solitaire ; performer sa vie au lieu de la subir ; interagir avec les autres sans aller jusqu'à l'entre-dévoration.

Le questionnement de Global Tools était de construire des objects fonctionnels, basiques, avec des savoir-faire manuels partagés en coopérative dans une logique de circuit court. L'époque réfléchissait à la meilleure façon de mettre en acte son espace propre quand il chevauche aussi l'espace des autres, privilégiait les valeurs collectives plutôt que les raffinements personnels, revisitait les fondamentaux pour aller au-delà des stéréotypes et déborder les fonctions assignées aux objets du quotidien.

Les éléments et traces de cette performance ont été exposés au Centre Pompidou dans une salle dédiée à la contre-école de design Global Tools (1973-1975). Cette programmation a été faite par Marie-Ange Brayer, conservatrice et chef du service design et prospective industrielle . Elles sont venues approfondir le propos sur l'exposition Un art pauvre qui a amorcé une tentative de nouvelle perception de l'Arte povera. Pauvre, ici, au sens de simplicité des désirs, sobriété des usages, élégance de l'essentiel. Des questions qui restent d'actualité.

Anne-Marie Morice

 

Vu à 

Centre Pompidou, Paris 

Exposition Un art pauvre 

8 juin-29 août 2016

www.centrepompidou.fr

 

Collection Centre national des arts plastiques, CNAP, Puteaux

http://www.cnap.fr/collection-en-ligne#/artwork/140000000076588?layout=g...