Un banquet à Aubervilliers

Taïne Gras
  • Un banquet à Aubervilliers, 2018 ©Taïne Gras
  • Un banquet à Aubervilliers, 2018 ©Taïne Gras
  • Un banquet à Aubervilliers, 2018 ©Taïne Gras

Installation à base de plâtre de synthèse, métal, résine, orfèvrerie, peinture et broderie.

A la fois sculpture, installation et performance, Un banquet à Aubervilliers raconte une histoire vraie ayant eu lieu a cours d’un repas. Comme un prolongement à son installation L’Autre salle à manger1, cette œuvre fut installée dans le cadre d’un événement, lors du solstice d’été et de la fête de la musique, une occasion d’inaugurer la naissance du jardin des Noyers, à Aubervilliers. 

Cette sculpture présente une conversation entre deux personnes, une histoire que l’artiste prend plaisir à raconter. Taïne Gras s'inspire de rencontres, de situations de son quotidien pour créer. Elle affirme «Cela fait longtemps que je me raconte des histoires en volume». Les instants de vie, pris souvent avec dérision et humour, sont pour elle, sources de création. Au-delà de l’illustration d’une histoire, cette installation s’offre comme un espace de rencontres. De loin, entre hyperréalisme et surréalisme, cette grande table crée une atmosphère insolite. Où sont les convives ? Que sont ces curieuses sculptures brillantes, disproportionnées, qui attirent le regard ?, 

Il faut s’en approcher pour découvrir de quelle matière cette table est constituée : couverte d’une nappe blanche brodée puis résinée, elle accueille deux petites sculptures, étranges personnages-portraits, en plâtre de synthèse montées sur une structure métallique recouverte de papier peint et de peinture acrylique. D’autres sculptures en résine polyester teintée, symbolisent la présence d’un plat. De loin, elles intriguent, suscitent la curiosité, un univers teinté d’un certain humour. En s’approchant, on est incité à observer la finesse des pièces en argenterie. La Reine des tartes, un plat de 35cm de diamètre est poli comme un miroir. En plongeant son regard, le spectateur engage une conversation et peut imaginer toutes les histoires que cette pièce incarne, situations extrêmes, de joyeuses à dramatiques. To Stuff the turkey rappelle ces repas gargantuesques, qui n’en finissent pas. Cette dinde sculptée couverte d’un entonnoir posé à l’envers, son corps transpercé de flèches symbolise à la fois l’esprit de la fête mais aussi de la violence. Comme un poisson dans l’O, un immense poisson élancé semble s’échapper de son support. Il raconte l’envie de voyager, de s’échapper. Le Cœur d’Artichautlui renferme l’enregistrement d’un battement de cœur. Ces sculptures sont à la fois le reflet de caractères et incarnent la vie en général. 

Taïne Gras a associé à la réalisation de ces pièces plusieurs associations, artisans d’art et habitants d’Aubervilliers, personnes qui vivent à proximité de son atelier. 

Un banquet à Aubervilliers a pris vie au côté d’un événement festif, un repas et d’autres activités, qui ont engagé des rencontres. En vis-à-vis de cette sculpture-installation, une table était dressée comme pour un vernissage. Les invités à l’événement ont pu se prendre au jeu de revivre ce repas. Cette œuvre, entre sculpture figée et situation réelle, est à la frontière entre un événement du quotidien, une fête populaire et une installation réalisée pour un jardin. 

Ainsi, Un banquet à Aubervilliers constitue un espace-temps de rencontres, d’interrogation, de curiosité et de discussions.

Pauline Lisowski

 

1 Réalisée au Musée du textile, Parc de Husseren-Wesserling (Alsace) pour le festival Jardins des 6 sens

 

Vu à

Sous les pavés les arbres

Aubervilliers

21 juin 2018