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Residents of New York

Andres Serrano
  • Residents of New York-MEP©Andres Serrano
  • Residents of New York-MEP©Andres Serrano
  • Residents of New York-MORE ART©Andres Serrano

Residents of New York, tirages pigmentaires format 150 x 125, 2014

 

 

Sleeze, Kathleen Sulivan, Karen Davies... vivent et travaillent à New York, ils ont une adresse fixe celle d'une maison sans murs, qui consiste en un bout de trottoir à Manhattan. Tous les jours, ils s'assoient au même endroit, aux pieds de la foule active, habillant leur personne d'une grande pancarte qu'ils ont faites eux-mêmes sur un carton kraft d'emballage. En quelques mots, écrits de façon à être très visibles, ils résument leur situation et demandent au passant de s'arrêter et de leur donner un peu de monnaie. Andres Serrano en a fait ses modèles pour une installation urbaine qui lui a été commandée par la structure More Art productrice de projets d'art public.

Constatant qu'il y a de plus en plus de sans domicile fixe dans les rues, l'artiste a choisi de revenir sur ce sujet qu'il avait déjà traité dans sa série de portraits Nomads (1990). Se réclamant de la peinture l'artiste avait à l'époque traité les sans-abris dans la tradition des portraitistes de l'ère classique. Après avoir choisi et rémunéré ses modèles, il sculptait leurs visages avec un éclairage de studio qui extrayait ces individus de leur milieu et en faisait des personnes sublimes.

Pour cette nouvelle série des Résidents of New York, Serrano a continué ce travail de collaboration, choisissant cette fois-ci de faire entrer la rue dans l'image. Le photographe a pris contact avec les modèles, leur a proposé le projet et une rémunération, puis les a revus dans la nuit urbaine ou dans les couloirs du métro en compagnie de deux assistants. Ces derniers tenaient les flashs tandis que l'artiste se mettait au niveau du modèle, accroupi, son appareil photographique, une chambre 4 x 5, posé sur un trépied, attendant l'instant où leur présence, d'ordinaire quasi-invisible, s'incarnait et construisait une logique puissante du visible.

L'artiste a choisi d'appeler cette séride Residents of New York, habitants et non pas homeless (SDF) car « même s'ils vivent dans les rues ils sont toujours new yorkais »(1). Cette appellation inclusive les identifie comme une communauté active ayant le droit au statut de citoyen de la ville, où en effet ils jouent leur partition, assis sur le même bout de trottoir, stoïques, exposés aux intempéries, aux pieds des passants.

Faut-il voir une empathie dans le choix de cette thématique ? Sans doute bien que Serrano se revendique comme artiste et non comme documentariste ou porteur de positions réformatrices. Faut-il y voir du voyeurisme ? Dans l'ensemble de son œuvre Serrano déploie une pulsion scopique pour des sujets forts, dérangeants, avec un orientation marquée pour le transgressif qui peut choquer le confort visuel. Ainsi l'extrémisme religieux, l'intolérance, les déjections, les cadavres, les « people », la bigoterie, les perversions, - mais pas seulement- , ont fait l'objet de séries abondantes qui semblent ambitionner de thématiser et classifier les représentations visuelles de modes de vie et d'être des communautés humaines. Ce travail que je propose de qualifier d'"anthropographie" contemporaine (au sens où Jean Rouch se disait ethnographe) évoque August Sander, Abby Warburg ou, pour cette série, Edward Curtis (1).

Après les avoir présentés sous la forme d'affiches dans l'espace public du métro new yorkais en 2014, l'artiste expose ces photographies, à la Maison européenne de la photographie, sous forme de « posters» ; les images étant posées au mur, sans cadres, loin de la mise en scène muséale.

Anne-Marie Morice

(1) Entretien avec l'artiste

Vu à

Exposition Maison Européenne de la Photographie, Paris

09.11.16 - 29.01.17

 

http://moreart.org/projects/andres-serrano/

http://www.mep-fr.org/evenement/andres-serrano/

http://www.andresserrano.org

http://www.nathalieobadia.com/artist_detail.php?ar=139&af=1&p=3&g=2