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OK/KO

Vincent Meessen
  • ©Vincent Meessen, One.Two.Three, installation vidéo, 2015.Centre national des arts plastiques
  • Vincent Meessen, OK/KO fragment©Anne-Marie Morice
  • ©Vincent Meessen, One.Two.Three, installation vidéo, 2015.Centre national des arts plastiques

Parcours avec dispositif d'accrochage sur panneaux, pastel d’Issa Samb, documents, photos, textes, inscriptions murales, néons, installation vidéo numérique sur 3 écrans

 

Comment, quand on est, comme Vincent Meessen, un « white male » européen, faire œuvre d'un petit morceau d'histoire enfoui dans la grande histoire des idées et des idéologies qui combinent les luttes d'émancipation du colonialisme et les mouvements révolutionnaires du XXe siècle ? Ayant découvert qu'une branche congolaise de l'Internationale situationniste avait été active à Kinshasa, Meessen a pu tirer le fil qui, en passant par l'I.S., mai 68, Cobra, Filliou, Broodthaers, mais aussi le méconnu Frankin ou Carl Einstein, l'a mené jusqu'au plus célèbre club de rumba congolaise de Kinshasa, le « Un Deux Trois ». Construisant son projet en interconnectant politique, culture, musique, histoire, il présente avec une grande force visuelle les liens qui se sont tissés entre des artistes de l'ex-Congo belge, - écrivains, plasticiens, musiciens -, et l'avant garde artistique européenne dans les années 50-60. Il se réfère aussi au Chris Marker du film Le fond de l'air est rouge, et au Jean-Luc Godard de One plus One.

OK/KO met en scène les différents éléments de cette œuvre-recherche. Cette narration polysémique s'ancre également dans le présent le plus immédiat puisque le tournage de la vidéo a eu lieu pendant les émeutes violemment réprimées de janvier 2015 à Kinshasa, dont des images filmées, trouvées sur l'internet, ont été insérées à cette mise en récit. Le projet a été présenté dans le Pavillon belge à la Biennale de Venise de 2015 ainsi qu'au Wiels, à Bruxelles en 2016.

A Toulouse, on pénètre dans l'exposition par un espace structuré de panneaux de bois habillés de mousse et de tissu tendu évoquant, selon l'artiste, les cloisons sonores des studios d'enregistrement musical dans les années 60-70. En vis-à-vis des panneaux sont exposés des documents attestant de liens entre les avant-gardes internationales et la question coloniale en Afrique : photographies, reprographies, textes, traces, référencés chacun par la lettre d'un alphabet dessiné avec une police de caractère créée pour l'occasion, la « Belgika ».

La vidéo « One.Two.Three » est présentée sur trois écrans, avec un léger décalage temporel qu'on perçoit à peine car les écrans sont en partie masqués par les colonnes peintes aux couleurs du « Un Deux Trois » kinois. La caméra se déplace dans ce bâtiment à l'architecture composite imaginée par le célèbre compositeur et chef d'orchestre congolais Franco Luambo, lequel a créé ce lieu de studios, salle de concerts et lieux de vie. Devenant producteur, Vincent Meessen a accompagné la formation d'un groupe de jeunes femmes jouant de la musique électrifiée et les a aidées à se professionnaliser et à s'affirmer dans le milieu machiste de la musique congolaise. Elles partagent l'écran avec la performance filmée du compositeur et ancien activiste Joseph M'Belolo Ya M'Piku qui réinterprète son chant insurrectionnel, « Ludiata Nangwi » (« Marchez debout ») qu'il a écrite en mai 1968 pour « participer à l'action sur le terrain ». C'est en consultant les archives de Raoul Vaneigem que Meessen a découvert cette chanson qui fut le point de départ de son projet.

La dialectique politique mise en chanson, « détruire le modèle maître/esclave sur lequel ont prospéré tout autant le colonialisme que le capitalisme » exprime avec simplicité comment les théories artistiques des situationnistes ont pu se rattacher aux luttes de classe et comment, par leur « pesant héritage critique »(1), elles continuent à hanter les théories d'aspiration à des changements sociétaux.

 

Anne-Marie Morice

 

1 – Catalogue de l'exposition Personnes et les autres: Vincent Meessen and Guests, Pavillon de la Belgique, Biennale de Venise 2015

 

 

Vu à

Le Printemps de Septembre

- Exposition à Fondation d'entreprise Espace Ecureuil pour l'art contemporain, Toulouse (France)

du 23/09/2016 au 23/10/2016

- Rencontre entre Vincent Meessen et Christian Bernard le 25 septembre 2016, au Musée Paul-Dupuy

http://www.printempsdeseptembre.com/fr