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L'herbier de Madeleine

Marc Bellini
  • L'herbier de Madeleine©Marc Bellini
  • L'herbier de Madeleine©Marc Bellini
  • L'herbier de Madeleine©Marc Bellini

herbiers, formats variables

 

L'herbier est un patrimoine vivant et culturel. Il convoque à la fois la science et l'esthétique. Sa découverte suscite l'émerveillement tant il semble fragile et délicat. Considérés comme de véritables oeuvres d'art, les herbiers sont devenus des sujets qui intéressent nombreux artistes.

Marc Bellini développe à la fois les techniques du cinéma et de la photographie comme des outils pour fixer la mémoire. Inspiré par la botaniste et photographe Anna Atkins, connue pour son herbier réalisé en cyanotype, depuis 2013, cet artiste complète sa pratique de la photographie avec la création d'herbiers. Pour lui, l'herbier est d'abord un rempart pour garder la trace d'un instant et lutter contre l'éphèmére de la vie. De là sont nés ses Amitiés funéraires, un herbier funéraire, où il met en lumière des amitiés réelles et fictives. Marc Bellini fait de l'herbier, une oeuvre témoin d'une personne ou de ses bravoures. 

Marqué par ses origines, d'un grand-père italien et d'une mère issue du monde forain, cet artiste est un grand voyageur et conteurs d'histoires. De ses escapades dans les contrées les plus lointaines à ses promenades solitaires parisiennes à la Rousseau, il est attentif aux plantes, celles qui souvent poussent dans les recoins et fissures... qui reprennent leurs droits sur le bitûme. Un de ses herbiers, Le latin des botanistes est d’ailleurs issu d’une curieuse découverte. Huit rues du quartier Latin à Paris portent le nom d’un botaniste célèbre. Après leur identification sur un plan, Marc Bellini a herborisé dans chacune des rues et balisé son parcours. Pour accompagner ces herbiers, il a photographié divers végétaux trouvés sur le trajet à l’aide d’un appareil photographique contemporain des botanistes, la camera obscura. (boite noire dotée d’un minuscule trou pour le passage de la lumière).

Chez Madeleine, l'ancien appartement de Madeleine Martin, musicienne, professeur de piano et d'épinette, anarchiste et bibliophile avertie, devenu lieu de rencontres, d'échanges et de culture, il a découvert l’endroit idéal pour réaliser et exposer un nouvel herbier. L’herbier de Madeleine est constitué à la fois d’une cinquantaine de planches d’un herbier et d’un plan dessiné à main levé. Chaque plante cueillie, séchée, pressée, est délicatement positionnée sur la feuille de papier ; un liseré doré sert de cadre. Dessous, le nom de la rue où l’artiste l’a cueilli. Cette légende peut troubler le spectateur, il aurait envie de connaître le nom de la plante. Le plan du quartier dévoile les rues que Marc Bellini a herborisé. Sur celui-ci, à la place des noms des rues, une plante séchée. « La botanique c'est l'art de sécher les plantes entre des feuilles de papier et de les injurier en grec et en latin. », cette phrase d’Alphonse Kaar, artiste, écrivain, Journaliste, Romancier (1808 - 1890) inspire cet artiste. Au fond, c’est le lieu de la cueillette qui lui importe plus. Le double manque d’odonymes et de noms des plantes est alors adouci par les relations qu’il a établi entre les plantes et le plan. Le végétal devient symbole de la rue.

Cette œuvre met en lumière le tiers-paysage, « l’espace privilégié d’accueil de la diversité biologique » selon Gilles Clément du quartier entre les puces et chez Madeleine. Marc Bellini révèle ici un patrimoine botanique. La plante amène également l'envie d'aller découvrir de façon plus approfondie un quartier. Elle lui donne un caractère poétique. Au delà, elle suscite l'envie de découvrir la ville. 

Dissimulés parmi les livres de la bibliothèque, les herbiers incitent le visiteur à poser son regard sur des livres et objets qui ont appartenu à Madeleine.

La force de cette oeuvre réside notamment dans les relations qu'elle a déclenché au fil de sa création. L'artiste a tissé une histoire celle de Madeleine et de son libraire. En cheminant sur les pas de cette passionnée de livres, il a conçu un projet entre réalité et fiction. Il lui offre son herbier. Celui-ci est aussi comme un cadeau aux habitants de Saint-Ouen. Chaque plante découverte au fil de la visite de l’appartement suscite chez eux l'envie d'échanger sur leur quartier, sur les projets de jardins... 

En parcourant l’appartement, les visiteurs, pour la plupart des habitués, retrouvent le bonheur qu’ils ont à fréquenter ce lieu chargé d’une âme. Cette œuvre fonctionne à la manière de la madeleine de Proust. Elle engage le besoin de raconter les multiples anecdotes sur cette personne qui a marqué le quartier.

Ainsi, cet herbier invite au partage et fait naître des souvenirs. 

 

 

Pauline Lisowski 

Commissaire de l'exposition

 

Vu à :

Chez Madeleine,
25 rue Pasteur
93400 Saint-Ouen, 3e étage
du 27 mai au 18 juin 2017
 
Site de l'artiste :