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Dromadrone

Anca Benera et Arnold Estefan
  • Dromadrone ©Anca Benera et Arnold Estefan
  • Dromadrone ©Anca Benera et Arnold Estefan

installation (écusson militaire, vidéo, archives), 2016

Le duo d’artistes Anca Benera et Arnold Estefan, habituellement installé à Bucarest, a compris le paysage californien comme produit d’une histoire souterraine et invisible : celle de la présence militaire. A l’issue d’une résidence de six mois au centre d’art contemporain MAK à Los Angeles, ils ont présenté une installation qui fait dialoguer l’enregistrement sonore d’un drone de la NASA en opération, les premiers relevés topographiques documentant l’Ouest américain (réalisés par l’armée dans les années 1870) imprimés sur des restes d’avions militaires de la base El Mirage, et des vues de google.map indiquant la présence discrète de zones militaires dans l’espace urbain de Los Angeles.

Avec rigueur et opiniâtreté, les deux artistes ont ainsi traqué les témoignages de cette présence militaire diffuse. Ils ont été jusqu’à en inventer des traces fictionnelles. Le Dromadrone est une des ces trouvailles : un hybride de drone et de dromadaire dont la bosse a évolué en lance-missiles. Introduits au 19e siècle par l’armée américaine, les dromadaires ont disparu du paysage comme des mémoires, bien que leur présence temporaire sur le sol américain se soit étalée sur plusieurs décennies. Le dromadaire-drone pensé et dessiné par Benera et Estefan est l’emblème d’une armée américaine qui n’aurait pas abandonné les dromadaires à leur sort dans le désert en 1866. Les artistes  ont ensuite fait produire l’écusson du dromadrone dans un studio d’Hollywood, où sont ordinairement produits les uniformes militaires utilisés dans l’industrie cinématographique. 
 
L’installation comporte sur une table l’écusson militaire brodé, une vidéo de sa fabrication et The U.S.Camel Corps, An Army Experiment, un des premiers ouvrages relatant l’histoire des dromadaires américains. Le visiteur navigue ainsi entre l’histoire écrite par l’historien à une extrémité de la table et celle  proposée par les artistes à l’autre. Entre ces deux récits (tous deux surprenants, quoique l’un soit estampillé Oxford University Press), la vidéo qui permet de voir la broderie mécanique de l’écusson à très grande vitesse inscrit l’objet dans une chaine de production. Les artistes parviennent ainsi à nous faire croire à l’existence non-fictionnelle de cet objet. L’écusson d’abord étrange devient familier, puisque mis en présence de sa réalisation matérielle, on a l’impression de savoir d’où il vient. Mais en empruntant les mêmes circuits de production que l’industrie culturelle, les artistes rappellent aussi que la présence militaire, sous-jacente dans le paysage, imprègne tout jusqu’à notre imaginaire, et ce via les studios de cinéma  
 
Hasard de l’histoire, l’ouvrage déniché par Benera et Estefan qui documente la présence des dromadaires militaires dans le paysage américain paraissait en 1976, la même année que le célèbre essai d’Yves Lacoste : La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre. 
 
Morgan Labar
 
Vu à Makcey Garage Top, 
MAK, 
Los Angeles, 11-12 mars 2016. 
Exposition collective « We Only Went to NASA Together ».
 
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