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Cosmos (Série)

Edouard Wolton
  • Orpiment, Edouard Wolton, 2017 courtesy Galeries les Filles du Calvaire
  • Calcite, Edouard Wolton, 2017 courtesy Galeries les Filles du Calvaire
  • Azurite, Edouard Wolton, 2017 courtesy Galeries les Filles du Calvaire

OrpimentCalcite, Azurite, “Cosmos” installation, métal, plexiglass et 18 gravures. Les gravures sont des quadrichromies réhaussées sur papier hahnemühle Etching Muséum ( 68/97 cm, tirages uniques ), dimensions: 650/450/250 cm, 2017.

 

Edouard Wolton donne à percevoir par le contenu et le système d'organisation et de fabrication de ses œuvres, les propriétés ontologiques des objets qu'il représente. Avec la série Cosmos, il a déployé au Musée de minéralogie Mines ParisTech un assemblage d'estampes, de peintures et une structure d'accrochage qui nous font entrer dans l'épaisseur des minéraux, premiers éléments constitutifs de notre planète dont le musée expose l'une des plus importantes collections au monde.

 

Comment as-tu cette fois-ci posé les questions qui me semblent ressortir particulièrement de ton travail : celles de figurer par des signes formels les structures et la physicalité de ce qui nous constitue?

Depuis 2012, avec mes peintures de paysage, je pose un regard subjectif sur la nature qui convoque l'imaginaire, le romantisme et la science. Ma méthode vise à parvenir à une représentation symbolique figurative à partir de recompositions qui me sont propres et qui prennent en compte autant les propriétés objectives des objets physiques que les connaissances qu'on en a. Je procède au moment de la création par des synthèses mentales. La notion de contemplation qui va à l'encontre de la perception actuelle du temps qui s'accélère est très importante pourmoi. Devant ces représentations de minéraux j'aimerais qu'on se souvienne des hommes qui dans les pierres voyaient des paysages, des vallées, des grottes. Notamment avec les Jaspes Paysages, ou les Jades d'Orient,

 

Au musée de minéralogie ton approche s'est faite en plusieurs étapes. Cosmos, la strucutre centrale en aluminium poli sert de support à des panneaux photographiques retravaillés à l'encre et à l'huile, et des toiles sont disposées dans un parcours. D'où vient le choix de partir de la photographie ?

Le musée a une approche classificatoire en terme de compositions chimiques et de chronologie à l'inverse de ma démarche qui n'est pas orientée sur une pure présentation scientifique. Mon ambition est de faire sortir le visiteur de la surface des vitrines, de lui permettre d'entrer dans l'univers de la pierre, de lui proposer un voyage vers l'infiniment petit, menant vers des seuils, des états qui pourraient évoquer le processus de formation de la vie terrestre. Mon choix a été guidé par l'esthétique des pierres et l'idée de les photographier de très près. La photographie macro permet d'entrer dans la pierre, grâce à la précision des objectifs. Alors que certaines pierres photographiées sont de petits formats, je voulais qu'on puisse se projeter dans leur profondeur, entrer dans le détail le plus infime de leurs dessins.

 

Les trames de photogravure vont constituer la surface ultime, au-delà de laquelle notre projection à l'intérieur de l'image sera impossible. Tu procèdes ensuite à une succession d'interventions sur chacune des photographies, qui prennent ainsi un relief et une texture proche de tableaux. Ces images se transforment, elles acquièrent une épaisseur quasi- organique et on retrouve les volumes et masses des pierres, leur intériorité en quelque sorte.

Au départ, il y a donc des impressions en quadrichromies de 1m x 70 , photographies agrandies et magnifiées avec des points de netteté ou de flou. Je fais pour chacune un choix de trames plus ou moins fines. La trame crée la base de l'image et une obstruction, une impossibilité d'aller plus loin. Ensuite il y a au moins trois ou quatre étapes. J'amène avec les encres des dessins de structures géométriques qui poursuivent les lignes qu'on trouve dans les photographies. Les glacis plus ou moins opaques ne détruisent pas la structure pigmentaire mais la diffusent. Certains minéraux translucides laissent entrer la lumière parfois la diffractent créant des arc-en-ciel et diffusant une conception de la lumière totalement différente de ce qu'on perçoit d'habitude. On sait que la lumière contient les couleurs de l'arc en ciel.Je mets ainsi en oeuvre différentes techniques qui visent à rehausser la lumière qui vient du fond du panneau. De loin on voit le minéral dans sa globalité mais de près l'agrandissement et les couches successives de peintures, d'encres, de gravures, et les dégradés de glacis créent des matières dans lesquelles se perdra la figuration pour aboutir à une création chromatique proche du domaine du pictural. Si bien que petit à petit la fusion des formes et des couleurs se fait dans notre œil, et les teintes qui semblent éteintes au premier abord, se mettent à vibrer.

 

Par ces reprises de techniques picturales éprouvées, appliquées sur une base d'image créées par un procédé scientifique, -la photographie-, tu as trouvé une méthode adaptée pour interprêter un ensemble d'éléments essentiels à notre vie sur terre : les minéraux.

J'aime l'idée de la perte de repère, même si la connaissance scientifique est bien avancée. Par la notion d'évasion, je laisse du jeu à une certaine approche de la perception artistique. C'est difficile de s'évader sur quelque chose de fermé, on est pris dans le carcan du regard. Mon désir est de faire perdre le repère à partir des pierres de la collection d'en offrir une proposition personnelle, d'en faire une histoire. Il n'y a rien de plus concret qu'un minéral un abime s'ouvre si on réfléchit à cette forme qui a inspiré l'architecture, les mathématiques, l'histoire de l'art. JE veux offrir une vision élargie évoquant la lumière de l'aube, le réveil. Comme un contrejour, comme la naissance du monde.

 

La question du temps et de ses effets me semble centrale dans tes productions, comme si tu voulais être au plus près de la métamorphose. Pour cette dernière, j'ai trouvé chez le philosophe JP Zarader cette définition « La métamorphose est du côté du devenir : elle emporte tout et est immaîtrisable, elle fait advenir des présences qui ne sont pas les mêmes au cours des siècles. » 1Ta démarche me semble aller dans ce sens : répéter cette métamorphose lente, ces imperceptibles changements de forme et de nature qui partant des profondeurs du vivant permettent aux minéraux d'être réinventés, et toujours inscrits dans notre contemporain.

Mon approche est poétique et empirique. Une fois m'a-t-on dit un géologue a vu une pierre se fendre devant lui. En tant qu'humain il a eu cette possibilité infime de percevoir le temps minéral. Quand on regarde à travers un télescope, ou quand - comme les diamantaires - on regarde un diamant, on va dans l'infiniment petit ou l'infiniment grand. On part du concret pour aller vers le gazeux ou l'évanescent, on entre dans les mines ou les formations montagneuses formées des plissements de la couche terreste. Il y a toujours un jeu de projection, d'analogies. J'installe cette contrainte de prendre le temps pour laisser l'oeil s'habituer, pour entrer dans les formes, et basculer vers l'imaginaire. Le minéral ne peut pas s'expérimenter d'un point de vue humain. Il évolue incessamment, même au musée de minéralogie où certaines pierres contaminent d'autres pierres par transmission de micro-bactéries.

 

Entretien avec Anne-Marie Morice

Commissaire de l'exposition COSMOS

 

1Jean-Pierre Zarader, André Malraux les écrits sur l'art, Ed Cerf, 2013

 

Vu à 

Musée de minéralogie Mines ParisTech

60 bd Saint-Michel

75006 Paris

du 28 mars au 22 avril 2017

 

Sites de l'artiste

http://edouardwolton.com

http://www.fillesducalvaire.com/fr/artists/65/Edouard-Wolton