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Chocolate Factory

Paul McCarthy
  • Chocolate Factory courtesy de l’artiste et Hauser & Wirth
  • Chocolate Factory, Paul McCarthy ©Morgan Labar
  • Chocolate Factory, Paul McCarthy ©Morgan Labar

Sculpture, Installation, 2014-2015

En 2014 l’artiste californien Paul McCarthy, figure tutélaire du pop-trash des dernières décennies, transforme le prestigieux bâtiment de la Monnaie de Paris, où traditionnellement on battait monnaie, en une fabrique de chocolat bruyante et odorante.

Mais l’usine dysfonctionne à bien des égards. Les friandises qu’elle produit en masse deviennent les symboles d’une société qui surproduit et surconsomme. L’usine produit du gâchis. Elle produit en pure perte des objets comestibles impropres à la consommation. Mais elle dysfonctionne aussi en produisant, en fait d’œufs de Pâques et autres mignardises, des sextoys anaux, communément appelés butt plugs, ainsi que des figurines de Santa Claus (le Père Noël) tenant dans ses bras un autre de ces butt plugs dont la forme ne laisse que peu de doutes quant à la fonction pour qui a déjà passé le seuil d’un sex-shop et en dépit de la proximité maintes fois soulignée par l’artiste avec les sculptures de Brancusi.

L’usine de McCarthy dysfonctionne comme il existe des dystopies. L’univers de l’artiste est l’envers, grotesque voire cauchemardesque, du monde enfantin, insouciant et joyeux des affiches publicitaires de Jeff Koons. Les figures archétypales de l’innocence qu’affectionne McCarthy (ici le Père Noël, ailleurs Blanche-Neige) sont embarquées dans une obscure économie du désir dont elles ne ressortiront pas indemne. Santa Claus est changé en un nain lubrique – ou un pervers polymorphe, c’est au choix.

Chocolate Factory est une expérience multi-sensorielle. On pénètre dans l’installation par le salon d’apparat, haut de plafond et brillamment éclairé, où des artisans déguisés en lutins, bonnets rouges pointus et perruques blondes, confectionnent les figurines en chocolat. Le contraste avec les espaces de stockage est rude : l’enfilade de salons du XVIIIe siècle se transforme en labyrinthe sombre envahi du sol au plafond par les figurines. Tel un organisme, Chocolate Factory nous avale, nous digère dans un espace chtonien et étouffant pour finalement nous évacuer vers ce que l’on croit une sortie mais qui s’avère une impasse : la boutique de l’exposition. Pas d’Exit Through the Gift Shop : il faut revenir sur ses pas, traverser à nouveau l’installation. Bloqué par un butt plug, c’est peut-être alors la métaphore du vomissement qui s’impose pour caractériser cette sortie en rebroussant chemin dans les méandres de l’installation.

Mais pour ceux qui n’auraient pas acheté leur objet fétiche en chocolat dans la boutique, un stand permet de se rattraper à la sortie de l’exposition (qui est aussi, on l’aura compris, son entrée). Ici les statuettes comestibles sont lisses et bien présentées, loin de celles produites en masse à l’intérieur de la « factory » où elles jonchent le sol jusque dans les cheminées vides et laissent ça et là de perturbantes coulures marron. Sorti de l’installation, digéré et régurgité, le visiteur est à nouveau prêt à consommer bien proprement. Le voilà réinscrit dans les circuits habituels de l’économie. 

Morgan Labar 
12 juillet 2016 
 
Vu à La Monnaie de Paris 25 octobre 2014 à 04 janvier 2015 
Première version à Maccarone Gallery, New York, 2007