Caravan

Hans Op De Beeck
  • Hans Op de Beeck - Caravan - Installation sculpturale © Marc Domage  CENTQUATRE-PARIS

Installation sculpturale, mixed media, musique 12 mn (boucle)

 

Caravan est une installation sculpturale, mi représentation mi narration, pratiquement à l'échelle un. C'est comme un décor de studio, celui d'une pièce de théâtre, ou d'un film qui commence. Nous sommes dans le recoin d'un parc public. Les deux éléments principaux sont un manège fermé, bâché, et une petite caravane détériorée autour de laquelle sont disposés des sièges, une table, un feu de bois. La scène se déroule la nuit, découpant avec netteté sur le ciel noir et le sol enneigé les contours arrondis de la caravane ; celle-ci est éclairée par sa lumière intérieure, passant au travers des rideaux de l'unique fenêtre, ses deux phares et les flammes du brasero. 

Le public s'assied frontalement sur un banc en bois devant ce tableau tri-dimensionnel qui évoque les Concepts Tableaux de Ed et Nancy Reddin-Kienholz. Passe alors en boucle une musique, très cinématographique, de celles qui introduisent la scène d'ouverture d'un film noir. Entrée en matière qui nous fait basculer dans la temporalité. Nous sommes dans l'attente d'un événement, en position de spectateur.  « C'est comme une promesse de narration, nous attendons que quelque chose commence » 1. Mais rien de plus n'arrivera, nous restera la possibilité d'imaginer.

La construction mimétique et diégétique fait appel à notre observation Dans ce parc probablement désert vit un seul protagoniste, homme ou femme, dans cette caravane d'un modèle obsolète mais qui a gardé sa fonctionnalité de mobilité. Cette personne est peut-être présente quelque part dans l'habitacle, protégeant son identité et son intimité des regards voyeurs. Si ses conditions d'existence semblent supportables, elles n'en sont pas moins dures. Dans cet espace en marge, en transit, «  quelqu'un vit là dans des conditions de précarité importantes, qui peut être a perdu son travail, a vécu un drame familial, et a dû improviser sa vie en allant à l'essentiel, avec les moyens les plus simples, les plus pauvres, pour, dans une grande instabilité, inventer comme un petit espace pour lui ou elle » (1)

Nos projections mentales et sensorielles sont d'autant plus sollicitées que l'absence de figure humaine permet notre transfert dans la scène et l'exercice de notre imagination. C'est presqu'une invitation à devenir acteurs, à quitter notre position de voyeur pour créer notre autofiction.

A la fois paysage, nature morte, sculpture et installation Caravan n'est qu'une des facettes de la palette esthétique de l'artiste belge Hans Op de Beeck qui, sous le projet de créer des « constructions fictionnelles », a réalisé des vidéos, des dioramas, des meubles, des aquarelles, des pièces de théâtre, un décor d'opéra, des installations monumentales…

Une qualité d'émotion, sorte de mélancolie sereine et intense, nimbe cette création. « C'est mon but principal en tant qu'artiste : offrir au visiteur paix et tranquillité, consolation, un moment de calme apaisant et une invitation à l'introspection. Je ne suis pas quelqu'un de religieux, mais je suis convaincu qu'il y a un besoin chez le spectateur d'art – quel que soit le medium – d'être ému et de trouver réconfort et tranquillité dans la réception d'une œuvre (…) Je n'ai pas l'ambition de créer des images qui soient uniquement mélancoliques, mais plutôt qui contiennent à la fois une tristesse douce et une beauté consolante. Mes œuvres ne sont pas dénuées d'espoir. J'espère que c'est plutôt l'inverse. » Par ces intentions réparatrices, Hans Op de Beeck quoique oeuvrant dans le spectaculaire, va à l'inverse de l'artifice. Il interpelle en nous nos points de souffrance et nos instincts de survie pour nous proposer par l'art de faire le deuil d'un « improbable retour à l'innocence perdue » (3) auquel chacun de nous, en dépit tout, aspire.

 

Anne-Marie Morice

 

 

1 Entretien avec l'artiste le 21 octobre 2016

2 Propos recueillis par Pascaline Vallée

Le Temps de la consolation, par Michaël Foessel, 2015, Ed Le Seuil

 

 

Vu à 

Exposition « Saisir le silence »

Le Centquatre

22 octobre – 31 décembre 2016